Editions Le Club Français du Livre, Paris, 1952.
Livre en pleine reliure toile, bon état, avec jaquette déchirure réparée sur la dernière de couverture, sinon bon état. 273 pages, intérieur propre.
Avec une introduction sur l'auteur et le livre par Georges Pillement.
Première page:
" Brille, lumière de feu Lucifer! Astre de pierre! Comme un bourdonnement d'oreilles persistait la rumeur des cloches appelant à la prière, malaise redoublé: passage de la lumière à l'ombre, de l'ombre à la lumière. Brille, lumière de feu, Lucifer, astre de pierre, resplendis sur la pourriture! Lumière de feu! Lumière infernale! Brille, resplendis, brille, lumière de feu... brille... resplendis lumière de feu, brille, brille...
Les mendiants Se traînaient à travers les gargotes du marché, perdus dans l'ombre glacée de la Cathédrale. Ils s'en allaient vers la place d'Armes, le long de rues aussi larges que des mers, dans la ville qui restait toute seule derrière eux.
La nuit les réunissait en même-temps que les étoiles . Ils se groupaient pour dormir sous le Porche du Seigneur, sans autre lien que leur commune misère. Médisant les uns des autres, ils s'injuriaient, les dents serrées, avec la hargne d'ennemis qui se cherchent querelle, se provoquaient à coups de coude, se bousculaient. Ils se lançaient à la tête tout ce qui leur tombait sous la main et, faute de mieux, se jetaient des poignées de terre. Ils s'affrontaient en mêlées furieuses, se crachaient au visage et se mordaient. Sans autre famille ni liens de parenté que la poubelle, n'ayant jamais connu ni oreiller ni confiance, ils se couchaient, tout habillés, à l'écart les uns des autres, et dormaient du sommeil inquiet des voleurs, la tête sur le sac contenant leurs trésors: restes de viande, vieux souliers, bouts de chandelles, poignées de riz cuit enveloppées dans de vieux journaux, oranges et bananes avariées.
Sur les marches du Porche, on les voyait, tournés vers le mur, compter leurs sous, mordre leurs pièces de nickel pour
s'assurer qu'elles n'étaient pas fausses, parler seuls, avaler en cachette des croûtons de pain sec, passer en revue leurs provisions de bouche et de guerre car, dans la rue, ils marchaient sur pied de guerre, armés de pierres et de scapulaires".
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