Autant en emporte le vent.
Gallimard, Paris, 1941. Livre en 1/2 reliure cuir ornementé, filets dorés, auteur et titres dorés, bon état. 828 pages, couvertures conservées, intérieur papier un peu passé de l'époque mais bien propre.
Avec une carte de l'est des Etats-Unis au moment de la guerre de sécession.
Première page: " Scarlett O'Hara n'était pas une beauté classique, mais les hommes ne s'en apercevaient guère quand, à l'exemple des jumeaux Tarleton, ils étaient captifs de son charme. Sur son visage se heurtaient avec trop de netteté les traits délicats de sa mère, une aristocrate du littoral, de descendance française, et les traits lourds de son père, un Irlandais au teint fleuri. Elle n'en avait pas moins une figure attirante, avec son menton pointu et ses mâchoires fortes. Ses yeux, légèrement bridés et frangés de cils drus, étaient de couleur vert-pâle sans la moindre tache noisette, Ses sourcils épais et noirs traçaient une oblique inattendue sur sa peau d'un blanc de magnolia, cette peau à laquelle les femmes du Sud attachaient tant de prix et qu'elles défendaient avec tant de soins, à l'aide de capelines, de voiles et de mitaines, Contre les ardeurs du soleil de Géorgie. En ce radieux après-midi d'avril 1861, Scarlett O'Hara était assise entre Stuart et Brent Tarleton sous la véranda fraîche et ombreuse de Tara, la plantation de son pêre, et offrait une image ravissante. Les onze mètres de sa nouvelle robe de mousseline verte à fleurs bouffaient sur les cerceaux de sa crinoline et leur teinte s'harmonisait parfaitement avec celle des sandales de maroquin vert à talons plats que son père lui avait rapportées depuis peu d'Atlanta. La robe dégageait à ravir la taille la plus fine de trois comtés et son corsage très ajusté moulait une poitrine bien formée pour une jeune fille de seize ans, Malgré la façon pudique dont elle avait étalé ses jupes, malgré l'air réservé que lui donnaient ses cheveux lisses, ramenés en chignon, malgré l'immobilité de ses petites mains blanches croisées sur son giron, Scarlett avait peine à dissimuler sa véritable nature. Dans son visage, empreint d'une expression de douceur minutieusement étudiée, ses yeux verts, frondeurs autoritaires, pleins de vie, ne correspondaient en rien à son attitude compassée. Elle devait ses bonnes manières aux réprimandes affectueuses de sa mère et à la discipline plus rigoureuse de sa mama, mais ses yeux étaient bien à elle. De chaque côté d'elle, les jumeaux se prélassaient dans leurs fauteuils et, tout en riant et en bavardant, s'amusaient à regarder le soleil à travers leurs verres remplis de menthe. Ils avaient négligemment croisé leurs longues et lourdes jambes de cavaliers bottées jusqu'aux genoux. Agés de dix-neuf ans, hauts de six pieds de deux pouces, les membres allongés et les muscles durs, le teint bronzé, les cheveux roux foncé, le regard enjoué et arrogant, vêtus de vestes bleues identiques et de culottes moutarde, ils se ressemblaient autant que deux balles de coton peuvent se ressembler."
Ref: 5667
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